Programme 2020

  • samedi 21 novembre 2020 – Dijon (21)
    SCHOSTA INTEGRAL - Épisode 6 - concert annulé

    "Celui qui a des oreilles entendra." - Épisode 6 -

    SAM. 21 NOVEMBRE. 16h00
    Salle Devosge  - DIJON (21)

    Stéphan Castang, comédien
    & Quatuor Manfred

    Schostakovich croule sous les honneurs, non seulement en URSS, mais aussi dans le monde entier. Il est malade, et comprend que sa mort n'est pas loin. Mais le pouvoir a fini par avoir raison de lui. Il a adhéré au parti en 1960. Pour son ami Isaac Glickman, il est resté « pur dans l’âme, sincère, noble, humain... »*, quant à l’écrivain Julian Barnes, dans sa biographie, il écrit: « Ce qu’il espérait, c’était que la mort libèrerait sa musique : la libèrerait de sa vie »... ». Et alors, si elle avait encore quelque valeur - et s’il y avait encore des oreilles pour entendre - sa musique serait... juste de la musique. »**

    Les attaques de la maladie ayant raison de ses forces, il est contraint à réduire ses activités et lit énormément: Blok, Rilke, Baudelaire, Apollinaire... et traverse une période de mutation intérieure difficile, car il n'est pas croyant. Auparavant, en1962, il avait mis la dernière touche à sa treizième symphonie, composée sur des textes du jeune poète Evgueni Evtouchenko, qui évoquent sans détour les grandes tragédies de l'histoire russe du 20ème siècle : « La peur rôdait alentour, dans le moindre recoin, N'épargnant aucun étage... »* Schostakovitch se sent relié à cette poésie au plus profond de lui-même. Son écriture musicale, par le biais de la composition pour quatuor à cordes, continue son introspection autobiographique, entamée avec le 8 ème quatuor. Il n'écrit plus des «morceaux» de musique, mais de vrais poèmes musicaux, qui engagent tout son être. À partir du 11ème quatuor, l'intensité de l'expression, l'abstraction, la liberté de la forme, parviennent à un degré d'épure absolument bouleversant. Ce qui est extraordinaire, c'est sa capacité à se renouveler et à trouver sans cesse de nouveaux modes d'expression au fur à mesure des quatuors composés, le 15ème quatuor atteignant un sommet digne des Sept dernières paroles du Christ en croix de Joseph Haydn.

    * Dimitri Chostakovitch, Lettres à un ami : correspondance avec Isaac Glikman, 1941-1975,  Albin Michel, Paris, 1994

    ** Julian Barnes, Le fracas du temps, Folio, Paris, 2018

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